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peintre américain,
faisant partie des artistes de l'expressionnisme
abstrait américain, même s'il refusait
cette catégorisation aliénante de peintre
abstrait.
Il est d'origine juive,
né à Daugavpils, Lettonie
en 1903,
il émigre avec sa mère et sa sœur
à Portland
(Oregon)
en 1913
pour y rejoindre son père et ses frères. Il fait
ses études à la Lincoln
High School de Portland, puis à
l'université de Yale.
En 1929, il
devient professeur de dessin pour des enfants, se marie en 1932 avec
Edith Sachar puis fonde, en 1934,
l'Artist Union de New York. Ce n'est par
ailleurs qu'en 1940
qu'il adoptera le nom américanisé de Mark Rothko,
deux ans après avoir pris la nationalité
américaine. D'après ses amis il était
d'un naturel difficile, profondément anxieux et irascible,
mais malgré cela il pouvait aussi être plein de
dévouement et d'affection. C'est véritablement
dans les années
1950 que sa carrière démarre, notamment
grâce au collectionneur Duncan
Philips qui lui achète plusieurs tableaux, et,
après un long voyage du peintre en Europe, lui consacre une
salle
entière de sa collection (rêve de Rothko qui
souhaitait que les visiteurs ne soient pas perturbés par
d'autres œuvres). Les années 1960
seront pour lui la période des grandes commandes publiques (Université
de Harvard, Marlborough
Gallery de Londres,
chapelle à Houston)
et du développement de ses idées sur la peinture.
Mais cet élan créateur et de reconnaissance sera
stoppé par la maladie, un anévrisme de l'aorte
handicapant qui l'empêchera de peindre des grands formats.
Mark Rothko se suicidera en 1970.
Rothko était un intellectuel, un homme
extrêmement cultivé qui aimait la musique et la
littérature et était très
intéressé par la philosophie, en particulier par
les écrits de Nietzsche et la
mythologie grecque. Influencé par l'œuvre d'Henri
Matisse - auquel il a d'ailleurs consacré un
hommage dans une de ses toiles - Rothko occupe une place
singulière au sein de l'Ecole
de New York. Après avoir
expérimenté l'expressionnisme
abstrait, (mouvement artistique dans lequel il cotoiera
notamment Jackson Pollock et Adolph
Gottlieb), le surréalisme,
il développe à la fin des années
1940 une nouvelle façon de peindre. En effet,
hostile à l'expressionnisme de l'Action
Painting, Mark Rothko (ainsi que Barnett Newman et Clyfford
Still) invente une nouvelle façon,
méditative, de peindre, que le critique Clement
Greenberg définira comme le Colorfield
Painting composées de « champs
colorés ».
Dans ses toiles, il s’exprime
exclusivement par le moyen de la couleur qu’il pose sur la
toile en aplats à bords indécis, en surfaces
mouvantes, parfois monochromes et parfois composées de
bandes diversement colorées. Il atteint ainsi une dimension
spirituelle particulièrement sensible.
Maturité
artistique
Rothko se sépare de son
épouse Edith Sachar durant l'été 1937
à la suite du succès d'Edith dans ses affaires de
bijouterie. Apparemment, il ne prenait pas plaisir à
travailler avec son épouse et se serait senti
menacé et jaloux de son succès financier. Edith
et lui se réconcilient en automne, mais leurs rapports
restent tendus. Le 21 février 1938, Rothko obtient la
nationalité américaine, incité par ses
craintes que l'influence nazie
croissante en Europe
puisse provoquer la déportation soudaine des juifs
américains. L'apparition de sympathies nazies aux
États-Unis augmente ses craintes ; en janvier 1940,
Marcus Rothkovich change son nom en Mark Rothko,
l'abréviation commune
« Roth » étant
identifiée comme juive. Après le Pacte
germano-soviétique entre Hitler et Staline en 1939,
Rothko, Avery, Gottlieb et d'autres, quittent le Congrès
des artistes américains en signe de protestation
à l'encontre du rapprochement du congrès avec le
communisme radical. En juin, il forme avec d'autres artistes la Fédération
des peintres et sculpteurs modernes. Leur objectif est de
maintenir l'art exempt de propagande politique.
Inspiration
mythologique
Craignant que la peinture moderne
américaine ait atteint une impasse, Rothko est attentif
à l'exploration de sujets différents des
scènes naturelles et urbaines ; des sujets qui
compléteraient son souci croissant de la forme, la spacialité
et la couleur.
La crise mondiale de la guerre prête à cette
recherche une immédiateté — une urgence
— de même que son insistance à trouver
de nouveaux thèmes ayant un impact social, capables de
transcender
les limites des valeurs et symboles politiques. Dans son important
essai, The Romantics Were Prompted
publié en 1949, Rothko observe que
« l'artiste archaïque (...) trouve
vis-à-vis des dieux et demi-dieux, la
nécessité de créer un groupe
d'intermédiaires, monstres, hybrides.»
d'une manière similaire à l'homme moderne
trouvant des intermédiaires dans le parti fascisme
ou communiste.
Cependant, l'existence de l'homme moderne manque
de l'urgence de ses homologues primitifs. En raison des
découvertes, de l'impérialisme et des
avancées scientifiques de l'Europe, les liens traditionnels
se sont érodés et la mythologie a
été remise en question ; par
conséquent les anciennes mythologies (basées sur
le social) auraient été remplacées par
l'individu.
Pour Rothko, « sans monstres ni dieux, l'art ne peut
figurer un drame » et « quand ils
furent abandonnés comme superstitions intenables, l'art
tomba dans la mélancolie.».
Par conséquent, les « grandes
réalisations » de civilisations qui
acceptèrent l'improbabilité du mythe
« sont celles de la figure humaine solitaire dans un
moment d'immobilité complète »
capable « d'indiquer son souci du principe moral et
un insatiable appétit pour une expérience
omniprésente de ce principe. », dans
l'idée que chacun, libéré des dieux et
des monstres, pourrait être capable de
« respirer et d'étirer son bras vers
l'autre ». Cette figure humaine seule dans
un moment d'immobilité complète
a servi de prototype aux dernières peintures de
Rothko : le style singulier de ses champs irradiant de
couleur, solitaires mais tout autant liés aux images
transcendantes de la mythologie.
L'utilisation par Rothko de la mythologie comme
commentaire de l'histoire actuelle n'était nullement une
innovation. Rothko, Gottlieb et Newman lisaient et discutaient des
travaux de Freud
et Jung,
en particulier leurs théories respectives à
propos des rêves et des archétypes de
l'inconscient collectif, et envisageaient les symboles mythologiques
comme des images auto-référentes —
opérant dans un espace de conscience humaine qui transcende
les histoires et cultures spécifiques. Par
conséquent, des images de la Grèce
déchirée par les guerres antiques auraient un
impact similaire (sinon supérieur) à une coupure
de journal présentant Londres déchiré
par la guerre, en première page du Sunday Times.
Indépendamment de la connaissance de
l'homme moderne des symboles mythologiques, ces images parleraient
directement à l'inconscient jungien et
réveilleraient des énergies cachées
chez l'homme, les remontant à la surface. Rothko expliqua
plus tard que son approche artistique fut
« réformée »
par son étude des « thèmes
dramatiques du mythe. » Il cessa apparemment de
peindre durant toute l'année 1940, et étudia L'interprétation
des rêves du psychanalyste Sigmund
Freud et Le Rameau d'or
de l'anthropologue James George Frazer.
Rothko expliquera par la suite avoir voulu transgresser les canons
artistiques pour intégrer un espace d'expression plus vaste
et grand celui de la création en
générale.
Inspiration
nietzschéenne
Pourtant le livre le plus crucial pour Rothko dans
cette période serait La Naissance
de la tragédie de Friedrich
Nietzsche.
La nouvelle vision de Rothko essayerait donc de
s'adresser aux exigences de la spiritualité de l'homme
moderne et aux exigences créatives mythologiques,
à l'identique de Nietzsche clamant que la
tragédie
grecque est une recherche humaine pour racheter les terreurs d'une vie
mortelle. Les objectifs artistiques modernes ont cessé
d'être le but de Rothko. À partir de ce moment
là, son art soutiendrait en tant que but final, le fardeau
de soulager le vide spirituel fondamental de l'homme moderne ;
un vide créé en partie par l'absence d'une
mythologie adressée correctement à
« la croissance d'un esprit enfantin et (...)
à la vie et les luttes d'un hommE »
et pour fournir la reconnaissance esthétique
nécessaire à la libération des
énergies inconscientes, précédemment
libérées par les images, symboles et rituels
mythologiques.
Rothko se considérait
lui-même comme un « faiseur de
mythe » et proclamait que le seul sujet valide
était celui qui est tragique.
« L'expérience tragique
ragaillardie » a-t-il écrit,
« est pour moi la seule source d'art.».
Citations
- «C'est une idée
très répandue parmi les peintres que le sujet
importe peu du moment qu'il est bien peint. Telle est l'essence de
l'académisme. Il n'est pas vrai que l'on puisse faire une
bonne peinture à propos de rien. Nous affirmons que le sujet
est essentiel et que le seul sujet qui vaille la peine est le tragique
et l'éternel. Voilà pourquoi nous revendiquons
une affinité spirituelle avec l'art primitif et
archaïque.»
- «L’art
recèle toujours des évocations de la condition
mortelle.»
- «Je me rends compte
qu'historiquement, la finalité des grands tableaux
répond à l'idée de faire quelque chose
de tout à fait grandiose et majestueux. La raison qui me
pousse à en faire, cependant - je crois qu'elle s'applique
à d'autres peintres que je connais - est justement que je
veux rester très intime, et humain. Faire un petit tableau,
c'est se placer en dehors de sa propre expérience,
contempler une expérience comme dans un appareil
à effet stéréoscopique ou avec un
verre qui réduit. (...) Quelle que soit la façon
de peindre un grand tableau, on est à l'interieur. Ce n'est
pas quelque chose qui se commande.
“…I have never thought that
painting a picture has anything to do with self-expression. It is a
communication about the world to someone else. After the world is
convinced about this communication, it changes. The world was never the
same after Picasso or Miro. Theirs was a view of the world which
transformed our vision of things. All teaching about self-expression is
erroneous in art; it has to do with therapy.”»
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