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Vincent
van Gogh est le fils d'un pasteur calviniste,
il naît le 30 mars 1853 à Groot-Zundert, un petit
village néerlandais dans l'ouest du Brabant-Septentrional.
Sa mère, Anna-Cornélia Carbentus, est la fille
d'un relieur de la cour. La famille Van Gogh est d'ancienne
bourgeoisie, déjà notable au XVIe siècle et
XVIIe siècle.
Vincent est l'aîné de six enfants. Il
naît un an,
jour pour jour, après le décès de son
frère
aîné qui est mort-né ; par
tradition
familiale, il porte le même prénom que son
défunt
frère. Il resta jusqu’à la mort un
tourmenté, un isolé, un incompris et sa vie fut
un
échec total sur les plans de l’amour, de la
famille et des
contacts humains. Seul son frère Théo de quatre
ans son
cadet, l’aida moralement et financièrement sans
jamais se
lasser et lui permit ainsi d’accomplir son œuvre.
Les 652
lettres que Vincent lui écrivit en font foi.
Quatre
ans après la naissance de Vincent, son frère Théodore
(Théo) naît le 1er mai
1857. Il avait également un autre frère
appelé Cornélius et trois sœurs,
Elisabeth, Anna et Willemina. Vincent van Gogh était un
enfant sérieux, silencieux et pensif. En 1860, il va
à l'école dans le village de Zundert
où le seul professeur était catholique. À
partir de 1861, van Gogh et sa sœur Anna suivent leur
enseignement auprès d'une institutrice qui leur donne des
cours à la maison jusqu'au 1er octobre
1864, date à laquelle il part pour l'internat de Jan Provily
à Zevenbergen, une ville rattachée à
la commune de Moerdijk. L'internat étant situé
à une trentaine de kilomètres de la maison
familiale, van Gogh vit assez mal cette séparation avec sa
famille. En septembre 1866, il entre au collège Willem II
à Tilburg mais en mars 1868, il quitte
précipitamment l'école et retourne à
la maison. À propos de ses premières
années, van Gogh a dit : « ma
jeunesse était sombre, froide et stérile... »
En
juillet 1869, à l'âge de quinze ans, il obtient un
poste auprès du marchand d'art Goupil et Cie à La
Haye grâce à son oncle Vincent ("cent")
qui avait fait de bonnes affaires pour cette galerie d'art.
Après sa formation, en juin 1873, Adolphe Goupil l'envoie
dans l'une des succursales à Londres
où il est logé dans le quartier de Brixton.
C'était une période heureuse pour van
Gogh : il réussissait dans son travail et,
à l'âge de 20 ans, il gagnait
déjà plus que son père.
Il tombe amoureux de la fille de son bailleur,
Eugénie Loyer mais, lorsqu'il lui
révèle finalement ses sentiments, elle le rejette
en lui expliquant qu'elle s'est déjà
secrètement engagée avec le locataire
précédent. Van Gogh devient de plus en plus
isolé et, dans le même temps, il
développe un fervent intérêt pour la
religion. Son père et son oncle l'envoient à Paris
où il est choqué de la façon dont
l'art est traité comme un produit et une marchandise, ce
qu'il dénonce à certains clients, et provoque son
licenciement le 1er
avril1876.
Il se
sent alors appelé par une vocation spirituelle et
religieuse. Il revient en Angleterre
où, pendant quelque temps, il travaille
bénévolement, d'abord comme professeur
suppléant dans un petit internat donnant sur le port de Ramsgate.
Comme l'école doit par la suite
déménager à Isleworth dans le Middlesex,
van Gogh décide de s'y rendre. Mais le
déménagement n'a finalement pas lieu, et van Gogh
décide de rester sur place où il devient un
fervent animateur du mouvement méthodiste
et veut "prêcher l'Évangile partout".
À
Noël
de cette même année 1876, il retourne chez ses
parents et travaille alors dans une librairie de Dordrecht
pendant six mois. Toutefois, il n'est pas heureux à ce
nouveau poste où il passe la majeure partie de son temps
dans l'arrière boutique du magasin à dessiner ou
traduire des passages de la Bible en
anglais,
français
et allemand.
Son compagnon de chambre de l'époque, un jeune professeur
appelé Görlitz, expliqua plus tard que pendant
cette période, van Gogh se nourrissait avec parcimonie,
préférant ne pas manger de viande.
Le
soutenant dans son désir de devenir pasteur, sa famille
l'envoie en mai 1877 à Amsterdam
où il séjourne chez son oncle Jan van Gogh,
amiral de la marine. Van Gogh se prépare pour
l'université et étudie la théologie
avec son oncle Johannes Stricker, un théologien
respecté qui a publié la première "vie
de Jésus" disponible aux Pays Bas. Toutefois, van Gogh
échoue à ses examens et il quitte alors le
domicile de son oncle Jan en juillet 1878. Il suit ensuite des cours
pendant trois mois dans l'école protestante de Laeken,
près de Bruxelles,
mais il échoue à nouveau et abandonne alors ses
études pour devenir prédicateur
laïc.
Fin
1878, van Gogh obtient une mission d'évangéliste
en Belgique,
auprès des mineurs
de charbon du Borinage,
dans la région de Mons. Il
y devient un prédicateur solidaire des luttes contre le
patronat.
Sa
traversée du Borinage commence dans la commune de Pâturages,
en 1878. Il y est accueilli par un pasteur qui l'installe chez un
colporteur au n° 39 de la rue de l'Église. Il part
ensuite pour Wasmes,
dans une maison que très vite, il juge trop luxueuse et
qu'il ne tarde pas à quitter pour s'installer dans une
simple cabane. Poussant le christianisme à sa conclusion
logique, van Gogh choisit de vivre comme ceux auprès
desquels il prêche, partageant leurs difficultés
jusqu'à dormir sur la paille dans sa petite hutte au fond de
la maison du boulanger chez lequel il réside. Il consacre
tout aux mineurs et à leur famille. Il va même
jusqu'à descendre à 700 mètres au fond
de la mine. Lors d'un coup de grisou,
il sauve un mineur. Mais ses activités ne tardent pas
à être désapprouvées, on
n'accepte pas sa fonction de « prêtre
ouvrier » et cela le choque. Accusé
d'être un meneur, Vincent van Gogh est contraint d'abandonner
la mission qu'il s'était donnée. Il en gardera
l'image de la misère humaine qui apparaîtra dans
une partie de son œuvre.
Il se rend alors à Bruxelles
puis revient brièvement au Borinage
à Cuesmes,
où il s'installe dans la maison située au
n° 3 de la rue du Pavillon. Toutefois, sous la pression de ses
parents, il revient chez eux à Etten.
Il y reste jusqu'en mars 1880 au grand dam de ses parents qui sont de
plus en plus préoccupés à son
égard. Un conflit considérable naît
alors entre Vincent et son père, ce dernier allant
jusqu'à se renseigner pour faire admettre son fils
à l'asile de Geel. Van
Gogh s'enfuit de nouveau et se réfugie à Cuesmes
où il loge jusqu'en octobre 1880 chez le mineur Charles
Decrucq.
Il s'intéresse de plus en plus aux personnes l'entourant et
aux scènes quotidiennes qu'il commence à
représenter dans certains croquis. En novembre 1880, van
Gogh écoute les conseils avisés de son
frère Théo à prendre l'art au
sérieux. Sur les recommandations de Théo, il se
rend à Bruxelles,
afin d'étudier la peinture avec l'artiste hollandais Willem
Roelofs. Ce dernier réussit à le
persuader (en dépit de l'aversion de van Gogh d'apprendre
l'art dans une école) de s'inscrire à l'Académie
royale des beaux-arts de Bruxelles. Il s'y inscrit le 15
novembre 1880 pour les cours du soir et étudie non seulement
l'anatomie, mais aussi les règles de la composition
et de la perspective.
Van Gogh
commence son apprentissage en copiant des lithographies
et des gravures sur bois en s’inspirant des œuvres
de Jean-François
Millet, artiste pour lequel il conserva
jusqu’à la fin de sa vie une véritable
vénération. Pendant cette période, il
est soutenu matériellement par Théo, alors
employé de Goupil et Cie à Bruxelles.
En 1881, à Etten, où ses parents
résident, il dessine des portraits, des sujets paysans
d’après nature mais surtout des paysages
d’une grande richesse calligraphique et dignes de la
tradition extrême-orientale.
En
conflit avec son père, et éprouvant un second
échec sentimental avec une proche cousine, il finit par
quitter le domicile familial, et part s'installer pour un temps
à La Haye au cours de Noël 1881. Il y
reçoit des leçons de peinture de son cousin Anton
Mauve et pratique alors essentiellement l’aquarelle et
étudie la perspective. C'est au cours de
l'été 1882 qu'il commence la peinture
à l'huile.
Les vingt mois qu'il passe à La Haye (entre 1882 et 1883)
semblent décisifs pour l’artiste, où il
réalise sa volonté de rompre avec les conventions
morales de son milieu social, et son impossibilité de mener
une existence normale. De nombreuses lectures, Honoré
de Balzac, Victor Hugo,
Émile
Zola ou encore Charles
Dickens, viennent enrichir sa vision du monde, et le
renforcent dans ses convictions sociales.
De
septembre à décembre 1883, Vincent
séjourne en solitaire dans la province de Drenthe, au nord
des Pays-Bas,
où il s'acharne à travailler pour accomplir sa
destinée de peintre. C'est l'unique remède
qu’il trouve à un profond sentiment de
détresse. Au terme de cette nouvelle expérience,
il décide de rejoindre sa famille installée
depuis peu à Nuenen,
dans le Brabant-Septentrional,
dans le presbytère paternel.
Van Gogh
a dessiné et a peint des aquarelles alors qu'il allait
à l'école, mais très peu de ces
travaux ont survécu. En 1880, devenu adulte, il s'est
consacré à l'art et il a commencé au
niveau élémentaire en copiant le Cours de dessin
de Charles Bargue. Durant ses deux premières
années, il a cherché des commandes et au
printemps 1882, son oncle, Cornelis Marinus (propriétaire
d'une galerie d'art contemporain renommée à
Amsterdam) lui a demandé de fournir des dessins de La Haye.
Le travail de van Gogh ne s'est pas avéré
à la hauteur des espérances de son oncle, mais
celui-ci lui a tout de même offert une deuxième
commande. Bien qu'il lui ait décrit en détail ce
qu'il attendait de lui, il a de nouveau été
déçu par le résultat.
La
douleur, un dessin
réalisé par van Gogh en
1882.Néanmoins, van Gogh a
persévéré dans son travail. Il a
amélioré l'éclairage de son atelier en
installant
des obturateurs variables et il a fait de nombreuses
expériences
de dessin avec une grande variété de
matériaux.
Pendant plus d'une année il a travaillé sur des
figures
simples, en réalisant notamment des études en
« noir et blanc », travail qui ne
lui a alors
apporté que des critiques même si, aujourd'hui,
ces
études sont considérées comme ses
premiers
chefs-d'œuvre. À partir du printemps 1883, il
s'est
intéressé à des compositions plus
élaborées, basées sur le dessin.
Très peu
de ces dessins ont survécu car, lorsque son frère
lui a
dit qu'ils manquaient de nervosité et de
fraîcheur, van
Gogh les a détruites et s'est tourné vers la
peinture
à l'huile.
Van Gogh
s'est alors intéressé aux artistes
renommés de l'école de La Hague (un groupe
d'artiste qui, entre 1860 et 1890, était fortement
influencé par la peinture réaliste de
l'École de Barbizon) comme Johan Hendrik Weissenbruch ou
Bernard Blommers qui lui ont apporté un soutien technique,
mais aussi à des peintres comme Théophile de Bock
et Herman Johannes van der Weele. Lorsqu'il s'est rendu à
Nuenen, après un intermède à Drenthe,
il a commencé à réaliser diverses
peintures de grande taille qu'il a pour la plupart
détruites. Les Mangeurs de pommes de terre, la vieille tour
du cimetière de Nuenen et le cottage, sont les seuls qui ont
survécu. Après une visite au Rijksmuseum
d'Amsterdam, van Gogh se rend compte que ses peintures
présentent beaucoup de défauts dus à
un manque d'expérience et de technique. Il est alors
allé à Anvers, et plus tard à Paris
pour améliorer ses connaissances techniques.
En 1884,
il en profite pour faire des séries de tableaux sur des
thèmes similaires. Alors qu'il était encore
à Nuenen, il avait travaillé sur une
série de peintures qui devaient décorer la salle
à manger d'un de ses amis vivant à Eindhoven.
C'est
dans ce petit village du Brabant que le talent de van Gogh va
définitivement se révéler; il y
réalise de puissantes études à la
pierre noire de paysans au travail, mais aussi quelque deux cents
tableaux à la palette sombre et aux coups de brosse
expressifs, qui viennent alors confirmer son talent de dessinateur et
de peintre. L'ensemble de ses oeuvres de cette période
aboutit aux Mangeurs
de pommes de terre, œuvre majeure qui va
révèler sa sensibilité
inquiète et véhémente. Techniquement
son œuvre présente encore bien des maladresses,
néanmoins la période de Nuenen est
rachetée par une inspiration sincère et sa
volonté d'un témoignage humain exemplaire,
révélateurs des idéaux de van Gogh et
de sa problématique intérieure. À
cette même époque, Zola
était critique d'art et Joris-Karl
Huysmans rêvait d'être peintre.
À
Anvers
de nouveau (de novembre 1885 à février 1886), il
est impressionné par les Rubens
et à la révélation des estampes japonaises,
qu’il commence à collectionner dans cette ville.
C’est aussi dans la capitale flamande que l'artiste inaugure
sa fameuse série d’autoportraits, sur le registre
de l’humour macabre.
Seule la
connaissance du milieu artistique parisien pouvait
véritablement permettre à van Gogh de renouveler
et d'enrichir sa vision, ce qui motive son installation à Paris
en 1886. Cette année là est celle de la
dernière exposition impressionniste, et en 1887 devait avoir
lieu la première rétrospective de
l’œuvre de Millet. Il s'installe à
proximité de son frère Théo qui dirige
la succursale parisienne de Goupil depuis 1880.
À
Paris dans les années 1886 - 1887, il fréquente
un moment l’académie
du peintre Cormon, où il fait la connaissance de Henri
de Toulouse-Lautrec, de Louis
Anquetin et d’Émile
Bernard. Il rencontre également, par
l’intermédiaire de son frère, presque
tous les impressionnistes, en particulier Georges
Seurat et Camille
Pissarro, ainsi que Paul Gauguin.
Dans la boutique du Père Tanguy, il devient l'ami de Paul Signac.
Sous l’influence des estampes japonaises, ses compositions
acquièrent peu à peu davantage de
liberté et d’aisance, tandis qu’il
s’essaie à la technique de l’aplat
coloré. Pissarro l’initie également aux
théories nouvelles sur la lumière et au
traitement divisionniste des tons. La palette de l'artiste
s’enrichit alors de couleurs vives et sa touche
s’anime et se fragmente, ceci grâce
également à Signac avec qui il travaille en 1887.
C'est une période très fertile où son
art s'oriente vers l'impressionnisme
mais l'absinthe
et la fatigue aggravent son état mental.
sur les
conseils de Toulouse-Lautrec qui lui parle de la luminosité
des paysages méridionaux. Van Gogh commençe en
effet à prendre ses distances vis-à-vis de
l'impressionnisme, trop allusif à son goût, pour
retrouver l’unité structurelle de
l’image et se concentrer sur l'expression et le symbolisme de
la forme et de la couleur. Le prochain mariage de son frère
Théo, qu'il ressent comme un abandon, semble bien
être néanmoins une des raisons profondes qui
décide van Gogh à quitter Paris.
Bien
qu'il arrive dans la cité avec un temps de neige, une
nouvelle page de son œuvre va s'ouvrir avec la
découverte de la lumière provençale.
Il parcourt à pied la région et peint des
paysages, des scènes de moissons et des portraits.
Au
début du mois de juin 1888, ayant reçu un billet
de cent francs de son frère
Théodore, il se rend en diligence aux Saintes-Maries-de-la-Mer
pour un court séjour de cinq jours. Il y peint la fameuse
barque « Amitié » et
le village regroupé autour de l'église forteresse.
Plus ou
moins au fait des techniques et des théories
impressionnistes et pointillistes, van Gogh est allé
à Arles développer ces nouvelles
possibilités. Toutefois, des idées plus anciennes
sur l'art et la peinture réapparaissent, comme faire des
séries de tableaux sur des thèmes similaires.
Déjà en 1884 alors qu'il était encore
à Nuenen, il avait travaillé sur une
série de peintures qui devaient décorer la salle
à manger d'un de ses amis vivant à Eindhoven. De
même, à Arles, au printemps 1888, il
réalise une série sur les vergers fleurissants
dans des triptyques, ainsi qu'une série de portraits comme
ceux de la famille Roulin. Enfin, lorsqu'il prépare la venue
de Gauguin il commence à travailler sur la
décoration de la Maison Jaune, probablement l'effort le plus
ambitieux qu'il ait jamais entrepris.
Vincent
qui habite la « maison jaune »,
rêve en effet d'une communauté d'artistes unissant
fraternellement leurs expériences et leurs
recherches : Paul Gauguin vient le
rejoindre dans ce but le 23 octobre 1888 et ils commencent
à travailler ensemble comme par exemple sur la
série de tableaux consacrés aux Alyscamps.
Mais les deux hommes s'entendent mal : la tension et
l’exaltation permanentes qu’impliquent leur
démarche créatrice et une telle urgence de
peindre débouchent sur une crise : le 24
décembre 1888, à la suite d'une dispute plus
violente que les autres, van Gogh, en proie au délire tente
de tuer son compagnon, puis, pour s’auto-punir, se mutile
l'oreille gauche avant d'aller l'offrir à une
prostituée (décembre 1888). Il est
soigné par le docteur Rey dont il peint à cette
époque le portrait. En mars 1889, après une
période de répit pendant laquelle il peint entre
autres l’Autoportrait
à l'oreille bandée (janv.
1889), une pétition des habitants d’Arles
entraîne son internement à
l’Hôtel-Dieu.
Le 8 mai
1889,
hanté par l’idée du suicide mais
pleinement conscient du mal qui le ronge, il quitte Arles, ayant
décidé de lui-même d'entrer dans un
asile près de Saint-Rémy-de-Provence
où il va y rester pendant une année. Son
état varie de la dépression profonde aux phases
de rémission et d’activité intense, qui
entraînent de nouvelles modifications de son style :
le graphisme et la touche dont les traits discontinus et sinueux
donnent aux champs de blé, aux oliviers et à la
voûte céleste des Alpilles et des Baux-de-Provence les
mouvements mêmes de sa pathologie.
Les
peintures de la période où il a vécu
à Saint-Rémy de Provence sont souvent
caractérisées par des remous et des spirales.
À diverses périodes de sa vie, van Gogh a
également peint ce qu'il voyait de sa fenêtre,
notamment à la fin de sa vie avec une grande
série de peintures de champs de blé qu'il pouvait
admirer de la chambre qu'il occupait à l'asile de
Saint-Rémy.
Van Gogh
commence également à sortir de son
anonymat : en janvier 1890 un article
d’Albert Aurier dans le Mercure
de France, souligne pour la première
fois l’importance de ses recherches. Un mois plus tard, le
peintre Anna
Boch acquiert l’un de ses tableaux, La vigne rouge,
exposé au Salon des XX à Bruxelles, pour la somme de
quatre-cents francs.
En mai 1890,
l'artiste quitte Saint-Rémy-de-Provence et rejoint son
frère Théo
à Paris
qui l'installe à Auvers-sur-Oise[6]
dans la modeste auberge Ravoux où il loue une petite chambre
d'une grande sobriété, sous la surveillance du
docteur Paul
Gachet, ami de Paul Cézanne
et des peintres impressionnistes, et lui-même peintre amateur.
Dans une
lettre à son frère Théo, Vincent
décrit ainsi le village :
- « Ici
on est loin assez de Paris pour que ce soit la vraie campagne, mais
combien néanmoins changé depuis Daubigny. Mais
non pas changé d'une façon
déplaisante, il y a beaucoup de villas et habitations
diverses modernes et bourgeoises très souriantes
ensoleillées, et fleuries. Cela dans une campagne presque
grasse, juste à ce moment-ci du développement
d'une société nouvelle dans la vieille, n'a rien
de désagréable ; il y a beaucoup de
bien-être dans l'air. Un calme à la Puvis de Chavannes
j'y vois ou y crois voir, pas d'usines, mais de la belle verdure en
abondance et en bon ordre. »
(Lettre du 25 mai 1890).
Auvers,
modeste commune rurale d'Île-de-France, était
déjà connue dans le milieu des peintres,
initialement par les paysagistes de l'école de
Barbizon puis par les impressionnistes.
Situé
àtrente kilomètres au nord de Paris, le village a
gardé son caractère bucolique, ses nombreuses
bâtisses du XIXe siècle et cultive le souvenir des
peintres.
À Auvers réside le docteur Paul
Gachet. Ami de Daubigny
et de Corot, il
accueille jusqu'à la fin de sa vie les artistes dans sa
maison, dont Paul Cézanne,
ou Camille
Pissarro, qui vient lui rendre visite en voisin, de sa maison
de Pontoise.
Grand collectionneur d'art, le docteur Gachet demeure un acteur
incontournable de l'histoire de l'art
de la fin du XIXe siècle[8].
Le mardi
20 mai 1890
à onze heures du matin, le docteur Gachet reçoit
un peintre alors inconnu du public, recommandé par son
frère : Vincent van Gogh. Celui-ci est au sommet de
sa maîtrise artistique. Outre un art à son
apogée, Vincent décrit dans ses œuvres
la vie d'une petite commune du Vexin français
à la fin du XIXe siècle,
sa vie paysanne, son architecture. D'une grande force expressive, sa
palette s'assombrit néanmoins peu à peu exprimant
le mal de vivre qui le tourmente, sa vie étant
« attaquée à la racine
même ». Sa touche demeure
mouvementée et fébrile, mais ses coloris
acquiert, sous la lumière d’Île-de-France,
un regain de vivacité et de fraîcheur.
Dans ce
calme village du Vexin français,
proche de la capitale, et sous les soins attentifs du docteur Gachet,
l'activité artistique de van Gogh est intense, il produit
pendant deux mois plus de soixante-dix tableaux. Cependant le
répit est de courte durée : lorsque
Théo lui fait part de son désir de retourner en
Hollande, Vincent se sent de nouveau abandonné. Le 27 juillet
1890,
dans un champ où il peignait une ultime toile, il se tire un
coup de revolver dans la poitrine. Ramené mourant
à l'auberge Ravoux, il meurt deux jours plus tard, soutenu
par son frère Théo
et toujours inconnu du grand public. « Mon travail
à moi, j'y risque ma vie, et ma raison y a sombré
à moitié… » lit-on
dans la dernière lettre (652F) à destination de
son frère que Vincent portait sur lui le 29 juillet fatal.
Le symbolisme,
quant à lui, recherchait dans le pouvoir du verbe
« l'essence de la poésie
c'est-à-dire la poésie pure, celle qui dira
comment sont faits l'esprit et le monde en lui
révélant la structure idéale de
l'univers. (...) le Symbolisme invite la poésie à
rejoindre la mystique. » (G. Michaud, Message
poétique du Symbolisme, Nizet, 1947). La quête de
van Gogh est identique, comme il l'écrit à son
frère Théo :
-
« Et dans un
tableau je voudrais dire quelque chose de consolant comme une musique.
Je voudrais peindre des hommes ou des femmes avec ce je ne sais quoi
d'éternel, dont autrefois le nimbe était le
symbole, et que nous cherchons par le rayonnement même, par
la vibration de nos colorations. »
Vincent
van Gogh emprunte et prépare ainsi tous les sentiers de l'art moderne,
de l'impressionnisme
à l'expressionnisme. Ce
peintre mort le 29 juillet 1890
dans le dénuement n'a vendu qu'une seule toile ;
aujourd'hui ses tableaux sont parmi les plus chers du monde.
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